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Past Editorial : January 2016

January 2016

1443651948496Déficits révélateurs dans les Objectifs de Développement Durable (ODD) : A la Recherche d’Alternatives à Renforcer

[This article was first published in English in November 2015 under Revealing Deficits in SDGs: The Quest for Bolstering the Alternatives.]

Damtew Teferra Ph.D.
Dr. Damtew Teferra is a professor of higher education, the leader of Higher Education and Training Development, and founding director of the International Network for Higher Education in Africa, University of KwaZulu-Natal, South Africa. He is also the Editor-in-chief of the International Journal of African Higher Education. He may be reached at
teferra@ukzn.ac.za and teferra@bc.edu

J’ai déjà écrit des commentaires sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) et sur la pertinence qu’on en attendait par rapport à l’enseignement supérieur. A la 6e réunion annuelle du Groupe d’Harmonisation des Donateurs (GHD) à Bruxelles le mois dernier, j’ai eu de plus la chance de participer à un dialogue public sur cette question. Lors de cet événement, qui a vu la participation de nombreuses personnes, y compris des collègues de l’Union européenne et de l’Institut international de Planification de l’Éducation (IIPE-UNESCO), j’ai soutenu que les ODD, qui ont été approuvés en septembre 2015 à l’ONU à New York, ont complètement marginalisé l’enseignement supérieur, tout comme cela a été le cas durant les Objecifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

On avait espéré que les ODD auraient élevé l’enseignement supérieur à sa juste place pour réaliser les avancées sociales, le progrès économique et technologique, la réduction de la pauvreté, la création de richesses et le développement durable au niveau mondial. Cependant, les ODD comme les OMD présentent maintenant une attitude ambivalente à l’égard des positions solidement établies de nombreux acteurs du développement, qui ont déjà décrit l’enseignement supérieur comme critique, essentiel et crucial. Dans le présent éditorial, je fais appel à d’autres programmes, en vigueur ou ratifiés, qui promeuvent le statut du secteur ainsi que son renforcement énergique.

Les Preuves

En analysant les 17 buts et 169 objectifs des ODD (qui apparaissent dans les rubriques et sous-rubriques du document) par des recherches sur quelques mots et phrases-clés, j’ai trouvé les mots «développement» et «pays en voie de développement » mentionnés 50 fois chacun – une très large représentation, comme il fallait s’y attendre. Les mots « éducation tertiaire », « éducation supérieure » et «université» n’apparaissent qu’une seule fois chacun – et le mot “université” est évoqué plutôt indirectement.

En guise de compensation, les mots «recherche» et «innovation» apparaissent 15 fois en tout. Le mot «recherche», qui apparaît huit fois, concerne l’énergie propre, l’agriculture et la technologie marine. En outre, il est fait mention du renforcement de la recherche scientifique et de l’amélioration des connaissances scientifiques, mais à divers endroits dans le document, et nullement dans la section réservée à l’éducation.

La Communication

L’un des 17 objectifs où l’enseignement supérieur est (à peine) mentionné, est l’objectif 4, qui est de”garantir une éducation de qualité et des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie pour tous», avec 10 cibles au total. Je ne mentionnerai ici que les sections où figure l’enseignement supérieur, c’est-à-dire les articles 4.3 et 4.b. L’article 4.3 indique que «d’ici à 2030 [il faudra] faire en sorte que les femmes et les hommes aient tous accès dans des conditions d’égalité à un enseignement technique, professionnel ou tertiaire, y compris universitaire, de qualité et d’un coût abordable». C’est la seule fois que les concepts d’éducation tertiaire et d’université sont mentionnés dans les principaux volets des ODD.

Dans l’article 4.b on peut lire: « D’ici à 2020, augmenter considérablement à l’échelle mondiale le nombre de bourses offertes aux pays en développement (…) pour financer le suivi d’études supérieures, y compris la formation professionnelle, les cursus informatiques, techniques et scientifiques et les études d’ingénieur » .

De même que dans l’article 4.3, le document ne mentionne que l’égalité d’accès, il n’y est pas question d’élargir l’accès ou de renforcer le secteur ; le mot «université» y est lâché comme par hasard. Dans l’article 4.b, le document ne parle que de l’accroissement des effectifs réalisé à l’aide de bourses. En résumé, il n’est question, pour ce qui est de l’enseignement supérieur, que d’équité d’accès et de bourses.

L’enseignement supérieur n’est que brièvement abordé pour ce qui touche à l’équité d’accès et à des possibilités de bourses. Comme je l’ai écrit dans un article antérieur, l’absence pratiquement totale de l’enseignement supérieur dans les ODD témoigne du manque de lobbyistes actifs et expérimentés dans ce domaine.

Les Faits

Dans une étude multi- institutionelle et sur plusieurs pays que je coordonne, et qui traite des universités-phares, j’ai estimé l’effectif des étudiants dans l’enseignement supérieur en Afrique à 15 millions. Face à cette “massification” du système, il n’est guère difficile de constater que la contribution des bourses prônée par les ODD est infinitésimale.

En outre, le mot «recherche» apparaît huit fois, mais réparti parmi les différents objectifs et sans être clairement relié à l’enseignement supérieur. Cependant, la recherche ne peut être dissociée des établissements d’enseignement supérieur dans le contexte africain. A l’exception de quelques pays comme l’Afrique du Sud (et d’un certain nombre de pays de l’Afrique francophone), les principaux pôles produisant une recherche significative demeurent les universités – en particulier les universités-phares. Et même pour celles-ci, la productivité en matière de recherche reste loin d’être satisfaisante, pour une multitude de raisons. Par conséquent, cela n’a aucun sens de dissocier la recherche de l’enseignement supérieur, tel qu’il est le cas dans les ODD, si l’on veut couvrir les besoins immédiats et les intérêts à long terme du continent.

Alternatives et Programmes préférables

Les pays ont leurs propres plans stratégiques nationaux pour le développement à long terme, avec une portée sur plusieurs décennies. Si l’on compare ces plans stratégiques nationaux aux ODD, des disparités considérables apparaissent. Par exemple, le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (2010-2020) du Cameroun, qui aspire à devenir un pays émergent en 2035, attend beaucoup de l’enseignement supérieur et de son rôle crucial dans le programme de croissance et de développement.

La « Vision 2030 » de la Zambie prévoit une «nation dans laquelle la science, la technologie et les innovations [au sein des institutions académiques] sont les forces motrices du développement national, et qui est en mesure d’affronter la concurrence à l’échelle mondiale d’ici 2030. »

En outre, les ODD affichent aussi un manque visible de cohérence (pour ce qui est de l’enseignement supérieur) avec les programmes régionaux, tels que l’Agenda 2063 de l’Union africaine. L’agenda sur l’enseignement supérieur affirme vouloir «renforcer et développer une société africaine de connaissances par le biais de la transformation et d’investissements dans les universités, la science, la technologie, la recherche et l’innovation». La Stratégie continentale de l’Education pour l’Afrique 2016-2025 de l’Union africaine, qui vient de paraître mais doit encore être ratifiée, identifie l’enseignement supérieur comme l’un de ses 12 objectifs stratégiques. Dans une section spéciale, l’Objectif Stratégique numéro 9 vise à « redynamiser et accroître l’accès à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l’innovation en vue de relever les défis du continent et promouvoir la compétitivité mondiale ».

Il est donc clair que « l’équité d’accès et les bourses » prônés par les ODD ne contribuent que minimalement au projet de l’Afrique de « construire, accroître, revitaliser et investir dans» l’enseignement supérieur.

Les Partenaires du Développement face aux ODD et aux Programmes alternatifs

En moyenne, plus de 70 % des fonds de recherche pour les institutions africaines, principalement des universités-phares, proviennent de l’extérieur. Cette dépendance massive a souvent été considérée comme l’un des facteurs les plus défavorables au développement de la recherche et de l’innovation sur le continent.

Les partenaires du développement ont désormais le choix entre les options de politiques à leur disposition, les unes plus favorables que les autres à l’enseignement supérieur. Il est probable qu’ils choisiront les options de soutien les plus favorables, conformément au discours en vigueur de nombreux acteurs à l’échelle mondiale. Quoi qu’il en soit, les nations se doivent de poursuivre leurs stratégies d’enseignement supérieur sans se soucier de la faiblesse de la prise de position des ODD dans ce domaine.

Conclusion

Le rôle de l’enseignement supérieur – dans le développement du savoir, des compétences et des capacités d’innovation, et dans la lutte contre les innombrables défis régionaux et mondiaux relatifs à l’environnement, au climat, à la santé, à la sécurité alimentaire et à l’énergie pour n’en citer que quelques-uns, n’a jamais été plus important, plus urgent et plus critique. On s’attendait à ce que les ODD affirment de manière explicite et robuste le rôle de l’enseignement supérieur pour affronter ces questions et ces défis. Mais lors du dialogue de Bruxelles il a été observé que les ODD « ne rendaient pas justice » au rôle de l’enseignement supérieur.

Les organismes nationaux et régionaux se sont déjà clairement prononcé sur le rôle essentiel de l’enseignement supérieur. Les agences de développement et les autres acteurs mondiaux et régionaux l’ont également déjà affirmé, et avec vigueur. Il est donc impératif que tous les acteurs – internes comme externes– poursuivent leurs stratégies d’enseignement supérieur sans faire cas du manque d’engagement des ODD.

Enfin, l’enseignement supérieur en Afrique et dans la plupart des pays en développement a connu une croissance considérable durant la période des OMD – qui en a à peine fait mention. Il est fort probable que le secteur continuera de prospérer, et ceci en dépit des ODD, dont le soutien à l’enseignement supérieur, je le répète, est particulièrement décevant.

 

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